Oeudeghien se mobilise contre une antenne compatible 5G



Même dans un petit coin du Pays des Collines, il faut se battre pour préserver son cadre de vie. Après avoir échappé à une porcherie industrielle, Oeudeghien risque de se retrouver, à l’entrée du village, avec une station-antenne de téléphonie mobile de l’opérateur Orange, capable à terme de relayer la 5G (vitesse de transmission jusqu’à cent fois plus rapide que la 4G). Dans le jargon, une « station GSM & UMTS & LTE ». Un affreux pylône de 36 mètres de hauteur envoyant ses ondes sur les habitations et une école toutes proches. A juste titre, le village se mobilise.  Pourquoi ?

Question de santé publique

Grosso modo, la 5G, ce sont des ondes de 26 à 60GHz, soit une puissance très élevée susceptible d’assurer une meilleure réception au travers d’obstacles. Vous trouverez sur le net nombre d’études, parfois contradictoires selon leurs commanditaires. Nuisibles ou pas pour la santé ces rayonnements ? La question se pose déjà pour toutes les ondes électromagnétiques depuis longtemps. A fortiori pour celles qu’émettrait cette station GSM & UMTS & LTE à Oeudeghien. De nombreux Etats (Allemagne, Finlande, Norvège, Royaume Uni, France), soutenus en cela – qui l’eut cru ? – par la Commission européenne affirment qu’en dessous des seuils en vigueur, la 5G ne présente pas de risque pour la santé. L’Union européenne, dès 2016, avait lancé un calendrier pour sa généralisation en 2020. La Belgique et sa lasagne institutionnelle sont à la traîne dans ce domaine. Ce ne sera pas pour cette année, selon l’Institut belge des postes et télécommunications. Mais…
Le problème actuel à ce niveau est double :

  • le bombardement électromagnétique : la future 5G s’ajoute à une kyrielle d’autres ondes, de celles de la simple radio aux rayonnements G2, G3, G4, Wifi, etc. Le nombre de champs électro-magnétiques qui traversent nos habitations est énorme. L’ensemble de ce spectre doit être pris en considération. En 2011, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) conseillait de ne pas dormir à proximité de notre smartphone car leurs ondes seraient des “cancérogènes possibles pour l’homme”. D’autres enquêtes ont mis en évidence le risque de perte de mémoire, de troubles de la concentration et du sommeil, de maux de tête, d’apparitions de tumeurs et de baisse de la fertilité.
  • Le manque de recul scientifique : il faut des années pour mesurer des effets, néfastes ou pas, sur les organismes et biotopes. Le science à besoin de temps pendant que le business ne s’en encombre pas. Diverses études sont en cours, mais sans conclusions évidentes actuellement, ni dans un sens ni dans l’autre.
    Certaines d’entre elles sont produites par des agences de communication spécialisées dans les questions scientifiques pour les industries à problème… Lobbies en action.
    Rappelons qu’il a fallu trente ans pour faire admettre le rôle du tabagisme dans le déclenchement du cancer du poumon, entre autres à cause des combats d’arrière-garde de l’industrie du tabac. Et en décembre 2019, la Commission européenne a obtenu une majorité suffisante pour que le glyphosate soit autorisé cinq ans de plus, soit jusqu’en 2022.  Ce produit était pourtant classé parmi les cancérigènes probables pour l’homme, depuis 2015, par le Centre international de recherche sur le cancer, une agence de l’Organisation mondiale de la santé.
    La santé publique n’est pas prioritaire pour certaines instances, même si voici deux ans, plus de 170 scientifiques et médecins de 37 pays ont demandé un moratoire sur le déploiement de la 5G « jusqu’à ce que des études d’impact sanitaires et environnementales sérieuses et indépendantes aient été réalisées préalablement à toute mise sur le marché».

Difficile, donc, pour le citoyen peu aguerri à la chose scientifique de s’y retrouver dans la masse de publications sur le sujet et sur la fiabilité des normes dites ‘légales’ définies en termes de santé publique. Par qui et sur quelles bases ? Brouillard épais pour Monsieur et Madame Tout-le-Monde… Dans ces conditions, le principe de précaution – prévu à l’article 191 du Traité de l’Union européenne ! – doit prévaloir sur les considérations financières des opérateurs et de leurs lobbies. Le cas tout récent du glyphosate démontre qu’il n’en est rien. C’est le combat de notre pot de terre contre leur coffre-fort en fer.

La déclaration de politique 2019-2024 du gouvernement wallon va potentiellement dans le sens d’une responsabilité sociétale : « Les nouveaux déploiements technologiques en matière de transmission des données (5G et autres) se feront après évaluation sur le plan environnemental (dont impact sur la biodiversité et la faune), de la santé publique (en se basant notamment sur les études existantes qui analysent les incidences sur la santé des populations exposées), de l’efficacité économique, de la sécurité des données et de respect de la vie privée. »
Acceptons-en l’augure, notamment au niveau du Collège des bourgmestre et échevins de Frasnes-lez-Anvaing. En espérant que la notion « d’études existantes » n’autorisera pas la prise de risque !

Un environnement à préserver

Il est de plus jolis panneaux de bienvenue qu’un pylône de 36 mètres de hauteur à l’entrée d’un village. L’installation de cette antenne s’apparenterait à un nouveau coup de poing dans le paysage du Pays des Collines. Au-delà de la question de santé publique et de l’esthétique des lieux, le débat environnemental vit. En France, des ONG demandent un moratoire, dénonçant les menaces sur « les sols, paysages et écosystèmes impactés, (…), gaspillage de ressources… ». Les espèces les plus sensibles à la présence d’une antenne-relais seraient les oiseaux, les chauves-souris, les abeilles et de nombreux insectes.
Une étude officielle américaine du National Toxicology Program (NTP) de 2016 a démontré un accroissement statistiquement significatif de cancers du cerveau et du cœur chez des animaux exposés à des niveaux de champs électromagnétiques.
Et en Belgique ? Une enquête sur l’influence des antennes de téléphonie mobile sur les sites Natura 2000 dans la Région de Bruxelles-Capitale a identifié les risques potentiels suivants : perte d’habitat, dessèchement par drainage, nuisances sonores pour les animaux durant l’installation et l’entretien, perte indirecte d’habitat (éloignement de certains animaux de leur territoire de chasse)  et perturbation de colonies (expulsion de la colonie de certains animaux).
Ce rapport mentionne les observations d’un scientifique et apiculteur, Ferdinand Ruzicka, qui en 2009 a « constaté des troubles du comportement, un affaiblissement et une plus grande mortalité chez ses abeilles et ce, à partir de l’instant où différents mâts et antennes de téléphonie mobile ont été installés à proximité de ses ruches. » L’étude rappelle fort justement qu’il ne s’agit pas là de la seule et principale cause de mortalité des abeilles.
La conclusion de cette étude n’est toutefois pas formelle : « Les données sont insuffisantes pour conclure que les rayonnements non ionisants (RF) des antennes GSM peuvent causer des dommages irrévocables à la faune et à la flore dans leurs biotopes naturels. Il n’est pas possible d’attribuer un danger à une fréquence spécifique plutôt qu’à une autre. Il n’est pas non plus possible de définir une distance sûre par rapport aux antennes ni de dire qu’un organisme plutôt qu’un autre est plus ou moins sensible aux radiofréquences (à part peut-être les chauves-souris). »

Lisez bien : « Les données sont insuffisantes… ». Tant pis pour les chauves-souris.
Cela suffit-il à éloigner le principe de précaution au nom d’enjeux économiques ? Non !

Comment agir ?

A propos bendupuis

Passionné d'actu, de sports et de lectures historiques. For the rest, who cares ?
Cet article, publié dans Dans ce monde, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Oeudeghien se mobilise contre une antenne compatible 5G

Réagir à cet article ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s